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Chapelier fou
Impossible de résumer Chapelier Fou par le seul chapeau feutre qu’il porte sur scène puisque ce jeune homme est la définition même d’une tête à chapeaux. Avec pour seuls bagages de départ un parcours classique en tant que violoniste au conservatoire, Louis Warynski comprend rapidement que la musique offre des possibilités infinies lorsque l’on s’aventure dans les métissages. Ainsi familier avec la « théorie », il n’a plus qu’à tenter les expériences et venir picorer dans le rock et se goinfrer d’électro. Le voici donc artisan d’une potion dont lui seul a le secret, entouré d’un ordinateur, un séquenceur maison, un clavier, une guitare et… un violon soigneusement installé dans son étui, prêt à bondir. Autant de fioles et tubes à essais, pour que le pseudonyme emprunté à Lewis Carroll prenne tout son sens et que l’artiste puisse offrir ses déclamations de poésie insensée.
Avec cette foultitude de matériel, le français revisite les travaux manuels comme ceux auxquels on est habitué petit. Il bidouille ses samples, les menuise, les agence, les ajuste, les malmène… Fait des collages et des montages qui empilent les rebondissements pour entretenir des contes passionnants et virevoltants. Le chapelier ne manque pas d’ingrédients entraînés par son aisance à manipuler les textures et les volumes, portant tour à tour électro et classique sur son chef. Ajustés à chaque fois au millimètre. Les essayages s’enchaînent du beat décharné à la zébrure ultime de violon pour que chaque morceau donne place à une rencontre unique : le bourdonnement cyclothymique de « Trèfle » croisant une myriade de pizzicati, la mélodie Nintendo soupe au lait de « Superstitions » cabossé, ou encore l’orage électronique spasmodique cajolant les pleurs de son instrument fétiche le temps d’un « Capitaine Fracasse » effusif et efficace. Et pour ce qui est du rythme et de la dynamique, le messin dessine autant d’entrelacs et de syncopes pour ponctuer ces morceaux dont les sens se voient alors décuplés.
Virtuose des affiliations en tout genre, le violoniste dépose bel et bien une musique riche dans chacun de ses tours de passe-passe. Les ficelles qu’il tient sont d’or mais elles le sont d’autant plus grâce à son sens aiguisé de la composition. Que le chapelier fasse ses collages en analogique ou en numérique, avec une ou plusieurs pistes, le résultat est à chaque fois le même. Ca nous explose à la gueule, s’empare de nos sens qui sont autant triturés qu’un de ses samples perdus dans ce travail de composition hors pair. L’artiste n’officie pas dans le fouillis mais dans une recherche inspirée, transcendée, qui conduit à un travail d’une clarté et d’une intelligence remarquables. Qu’il soit courbé sur son ordinateur ou en train de plier durant une étreinte avec son violon, on s’émeut d’autant d’humanité dans cette électronique de haute volée
Avec dix shillings et six pences (étiquette laissée sur le chapeau du personnage Carroll), Chapelier Fou a largement assez pour faire fonctionner sa machine à chapeaux et dépeindre de longues heures de fresques sonores. Même sans grand moyen elles sont toujours merveilleuses et intarissables



